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Le miracle dynamique

Honda Goldwing

La Honda Goldwing est une des motos les plus connues à travers le monde. Et son concept est unique : mettre un énorme moteur 6 cylindres sous un canapé en cuir et essayer de faire rouler l’ensemble sur seulement deux roues. Tendu.

Conduire une Goldwing revient à déplacer une maison posée sur deux roues. Lorsque je l’ai essayée pour la toute première fois, les premiers tours de roues m’ont angoissé. 413 kilos avec les pleins, c’est le poids de deux motos moyennes. Une moto c’est déjà pas toujours simple à manier, alors deux… À ce moment précis, je l’avoue, je n’en menais pas large, j’ai rangé toute l’expérience de pilotage que j’avais acquise dans ma carrière de journaliste-essayeur et je me suis concentré. Persuadé que le moindre déséquilibre me ferait chuter lourdement et que le poids de cette montagne mécanique pourrait casser la route et l’ouvrir en deux. Sauf que c’est une Honda. Et que par définition, rien de tout ça ne peut m’arriver.

Le poids de cette montagne mécanique pourrait casser la route et l’ouvrir en deux.

L’équilibre

Pour flotter, les paquebots ont la poussée d’Archimède, pour tourner, la Goldwing dispose du génie Honda. Si l’équilibre de n’importe quel deux-roues en virage a un effet jubilatoire, celui que la Goldwing me fait ressentir est tout simplement unique. Et tiendrait presque du miracle. Il n’y a absolument rien de naturel à « promener » toute cette masse en prenant de l’angle dans une courbe, et pourtant, elle le fait d’une bien meilleure manière qu’une grande majorité de machines plus basiques.

Pour flotter, les paquebots ont la poussée d’Archimède, pour tourner, la Goldwing dispose du génie Honda.

Honda Goldwing démontée

La Gold, à poil.

Comment c’est possible ? Je ne suis pas ingénieur, mais je sais deux choses. La première c’est que Honda possède un solide savoir-faire en répartition des masses et en géométrie de partie-cycle. La deuxième, c’est qu’une moto disposant d’un centre de gravité bas, d’une distance importante entre ses deux roues et possédant en prime de grandes roues, se comportera comme un charme dès qu’elle est amenée à pencher. Sachant cela, il suffit de regarder la Goldwing de profil pour deviner son comportement. Il y a un énorme moteur : un 6-cylindre à plat de 1800 cm3, qui tire de tout son poids la machine vers le bas. La roue avant mesure 18 pouces au lieu des 17 traditionnels et il y a 1690 mm d’écart entre les deux axes de roues. C’est ce qu’on appelle l’empattement, et sur un roadster classique de moyenne cylindre, il tourne autour des 1400 mm. La voyageuse Honda est donc extrêmement stable et tourne sans effort malgré son poids. CQFD.

6 cylindres à plat

La Goldwing était un projet Honda principalement destiné au marché US. Et tout le monde sait que pour un Américain, tout ce qui a moins de 6 cylindres est considéré comme un vélo. Et là vous allez me dire : « les Harley-Davidson ont seulement deux cylindres ». Oui mais les Harley sont couvertes de têtes d’aigles. Ce qui est l’autre passion des Américains. Et du coup ça passe. Sur la Goldwing, pas de têtes d’oiseaux ridicules, mais un énorme moteur qui dégueule luxueusement ses chromes de chaque côté de l’engin. 3 cylindres à gauche, et 3 à droite, comme le fameux « flat six » d’une Porsche.

Tout le monde sait que pour un Américain, tout ce qui a moins de 6 cylindres est considéré comme un vélo.

Sa sonorité est géniale. Vraiment. Un spécialiste qui l’entendrait en fermant les yeux vous jurerait sur la vie de sa propre mère que le véhicule en question n’est pas là pour promener. Alors qu’en fait si. Dans le temps, le moteur des premières Goldwing était un 4-cylindre à plat. C’était en 1975. Depuis il a évolué en devenant de plus en plus gros, et comptant deux cylindres de plus depuis 1988 sur la Goldwing 1500.

L’unanimité

Il est donc pensé pour plaire à un Américain. Hé bien même s’il est de notoriété publique qu’en Europe, on préfère la légèreté, la nervosité, les sensations… hé bien, ce moteur parvient à rallier les deux mondes. Avec 118 chevaux et près de 17 mkg de couple, sur une plage de régime limitée à seulement 6000 tours utilisables et le tout sur 5 vitesses, le bloc est un puits de force abyssal. Gras, coupleux, puissant à haut-régimes, mais toujours très dosable et prédictible. Il est d’une souplesse infinie. C’est d’ailleurs perturbant en la pilotant, je ne sais jamais sur quel régime moteur je me trouve, sans regarder le tableau de bord. Et à chaque fois, malgré une poussée immédiate, l’aiguille semble somnoler tout en bas du compte-tours.

La seule chose qui fait l’unanimité entre nos deux continents, c’est Céline Dion et la Goldwing, dont je préfère la voix.

Un autre des nombreux savoir-faire de Honda, ça, les moteurs souples, linéaires et puissants. Donc les concepteurs de la Goldwing seraient si forts qu’ils arriveraient à vendre un véhicule ne comptant pas une seule tête d’aigle à un Américain et dont le moteur démesuré charmerait même le triste et trop autofrustré vieux continent… Oui. Balèze. La seule chose connue de l’histoire de l’homme qui faisait l’unanimité entre nos deux continents, c’était Céline Dion. Il faudra désormais compter aussi sur la Goldwing. Dont je préfère la voix.